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Actualités 2017

Le chiffrage économique de la valeur de la vie

Mercredi 11 janvier de 15h-19h - Séminaire d'ESOPP

Le chiffrage économique de la valeur de la vie

Présentation

Quel que soit leur domaine de compétence et d'intervention, les politiques publiques octroient de fait une valeur économique à la vie humaine, qu'elles décident de dépenses ou d'investissements, ou qu'au contraire elles s'en abstiennent. Les ressources collectives mobilisées pour sauver une vie ne sont jamais - par définition - illimitées. Combien pour aller chercher un spéléologue coincé au fond d'un boyau à des centaines de mètres sous terre ? Et combien pour prévenir la perte d'une vie (anonyme, cette fois), la vie des citoyens qu'un État s'efforce de préserver, prolonger, améliorer... en ouvrant (ou fermant !) telle unité hospitalière ? L'action collective donne des prix monétaires aux vies humaines. Prolongeant une longue tradition qui mêle l'ingénierie la plus technique à l'évaluation socio-économique des décisions publiques, les calculs de la valeur de la vie humaine expriment aujourd'hui, plus que jamais, une conciliation entre droits humains et préoccupations utilitaristes, dans des domaines d'application toujours plus variés.

 

Luc Baumstark (Université Lyon 2-Lumière)

Intégrer les gains en santé dans les calculs économiques : la question du référentiel de la valeur statistique de la vie humaine

La puissance publique en charge des questions de santé se trouve fréquemment mise face à des décisions dans lesquelles elle doit mettre en balance les gains en santé attendus d’un arbitrage et les efforts qu’il convient d’engager pour les obtenir. Si l’on souhaite optimiser l’utilisation des ressources disponibles (sauver le maximum de vies, augmenter au mieux la qualité de vie des individus d’une société), il est incontournable de disposer d’indicateurs caractérisant les gains en santé des projets, des différentes alternatives, des investissements envisagés,… de manière à éclairer les décideurs des conséquences des arbitrages qu’ils prennent, sous contrainte budgétaire.Or, l’analyse économique ne peut se satisfaire de ramener un gain en santé (apprécié en gains d’espérance de vie pondérés éventuellement par la qualité) aux coûts. Elle doit aussi s’interroger sur la nature de l’effort que les individus, qu’une collectivité prise dans son ensemble, sont prêts à consentir pour obtenir ces gains. L’économiste est amené ainsi à poser la question d’un référentiel du seuil à partir duquel on considérera que telle solution n’est pas raisonnable au regard des ressources disponibles. C’est l’ambition de la construction d’une valeur statistique de la vie humaine qui fasse référence ; d’une valeur alors qualifiée de tutélaire. Cette démarche, qui vise à instaurer de la cohérence entre les différentes décisions, a beaucoup de mal à être comprise. Elle est pourtant incontournable et s’impose de fait de manière implicite dans les décisions prises. Cette intervention propose de revenir sur la construction de la valeur tutélaire statistique utilisée dans le secteur des transports récemment déterminée à 3 millions d’euros et les articulations envisageables avec le référentiel du Qaly utilisé dans les analyses médico-économiques du secteur de la santé.

 

Catherine Cavalin (Sciences Po-CEE)
Les violences interpersonnelles et le calcul de leur coût :
la valeur de la vie comme synthèse contemporaine entre utilitarisme et droits humains

Plusieurs organisations internationales ont fait des « violences interpersonnelles » un problème public ; précisément, une question de santé publique. La Conférence de Pékin (ONU, 1995) illustre symboliquement que cette affirmation se concentre sur les violences subies par les femmes. Ainsi, le « coût des violences interpersonnelles » consiste souvent à calculer le coût des violences « conjugales » ou « envers les femmes ». Ce calcul assemble deux strates complexes : les « violences envers les femmes » demeurent tiraillées entre des logiques diverses, entre mouvements féministes, épidémiologie et santé publique ; par les outils techniques qu’il mobilise, le calcul du coût semble légitimer le dénominateur commun de la santé publique et d’une approche utilitariste. Profondément influencé par la prise en compte d’une valeur de la vie statistique en voie de renchérissement rapide, il place les violences à un confluent (nouveau ? possible ?) des droits humains et de la recherche de politiques publiques efficientes.

 

 

 

Lieu

Sciences PO
199, boulevard Saint-Germain
Entrée à la gauche du bâtiment, 1ère porte à droite, 3e étage, salle de l’Ecole doctorale
75007 Paris

 



Ehess
CNRS

ESOPP
Centre de Recherches Historiques - EHESS
190-198 avenue de France
F-75013 Paris

Mail : esopp@ehess.fr

 

 

Illustrations :  ESOPP et CEDIAS-Musée social.

Dernière modification :
06 avril 2017 00h01