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ANR EURASEMPLOI

Croissance et formes d’emploi : une comparaison eurasiatique de l’incertitude au travail

Résumé du projet

Ce projet analyse la relation entre la haute croissance économique, les mutations de l’emploi et les formes d’incertitude au travail que ces mutations engendrent. Regroupé autour de quatre institutions partenaires (Inalco, Université Paris Diderot, EHESS et Sciences Po), associant des historiens, des sociologues confirmés et des doctorants, spécialistes de plusieurs aires culturelles, il adopte une approche comparative à la fois dans l’espace et dans le temps. Il confronte en effet les configurations nationales chinoise, japonaise et française, ainsi que celles d’un certain nombre de pays du Comecon. La comparaison est également intertemporelle, entre la période de croissance des années 1950 à 1970 pour la France, le Japon et le Comecon, et l’ère qui s’est ouverte depuis les années 1980 pour la Chine.

Les quatre situations socio-historiques confrontées partagent un point commun, celui de bâtir un modèle productiviste laissant à l’État une place essentielle dans une régulation qui se veut simultanément économique et sociale. Pour comprendre et comparer les formes de « précarité » en situation de croissance liées à ce modèle, cette recherche souhaite apporter une vision plus complexe, plus « située » de la fragmentation et des hiérarchies du marché du travail, et surtout des incertitudes qui en découlent pour les catégories de travailleurs concernées. C’est pourquoi elle retracera la diversité des situations selon les industries et les formes d’emploi, en choisissant des secteurs qui, du point de vue de la problématique adoptée, présentent des cas paradoxaux et, par là même, « bons à penser » : les services à la personne, profondément remaniés au XXe siècle sous l’effet des mutations du travail, de la démographie et des structures de famille ; l’énergie avec les mines, symboles même de la dialectique entre risques intenses encourus par les salariés et régulation quasi-militaire de la main d'œuvre ; la production textile enfin, doyenne des secteurs industriels, mais aussi la première à avoir eu affronter la compétition mondialisée. Dans chacun de ces secteurs sera effectuée une exploitation à la fois quantitative et qualitative des suivis de trajectoires de vie au travail et des budgets et budgets-temps des ménages. De plus, dans chaque pays considéré, nous analyserons les catégories statistiques et d’économie politique utilisées par les acteurs et observateurs des relations du travail – syndicats et employeurs mais aussi experts, concepteurs d’enquêtes ou d’indicateurs sociaux – pour caractériser les formes d’incertitude sur le marché du travail.

Détailler l’hétérogénéité n’empêchera pas de dégager des régularités quant aux mécanismes construisant cette « précarité », et quant à ses cibles préférentielles. Nous montrerons et mesurerons combien le degré d’insécurité varie selon les types d’emploi ou de contrat de travail, le genre, le degré d’exposition à des risques (maladie, licenciement, accidents du travail), l’accès aux prestations sociales et le degré de régulation étatique (des professions ou des industries). Sur chacun des terrains nationaux étudiés, il s’agira ainsi de démontrer, de façon plus systématique que cela n’est déjà le cas dans la littérature existante, à quel point la classe ouvrière est plurielle à secteur d’activité, âge, genre et qualification donnés. Les processus de standardisation des formes d’emploi durant la phase de haute croissance n’ont pas produit une homogénéisation aussi avancée que celle que présuppose, pour la période suivante, la thèse de la « déstandardisation du travail », ce qui est une clé pour comprendre les hiérarchies actuelles du marché du travail.

Résumé en anglais

Site en cours de construction :   https://eurasemploi.hypotheses.org

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Illustrations :  ESOPP et CEDIAS-Musée social.

Dernière modification :
26 mai 2017 17h53